Chers frères et sœurs,

Récemment je suis tombé sur un article expliquant comment des entreprises spécialisées aident les gens à effacer leur trace sur la toile. Nul n’ignore combien les réseaux sociaux s’incrustent dans l’intimité de notre vie. Des photos fusent à droite et à gauche, les phrases aussi. Or, lors d’une embauche il suffit que l’employeur aille sur Facebook pour vous connaître de A à Z et souvent pas sous le meilleur profil. Il y a donc des entreprises qui vous aident à refaire votre image. Certes, elles ne peuvent pas effacer purement et simplement ce qui existe sur le net. Mais elles peuvent créer d’autres références vous concernant qui auront l’avantage de vous présenter honorablement. Un peu comme si en voulant cacher une pomme pourrie dans la corbeille, on y mettait beaucoup de belles pommes pour couvrir celle qui ne l’est pas.

Je me suis dit que cette technique, plus ou moins efficace, peut aussi être employée dans le sens inverse. Pour cacher l’essentiel, rien de tel que d’inonder l’espace de choses superficielles. Et je dois avouer que le Malin maîtrise cette technique parfaitement.

A l’approche de Noël, tous les medias sont inondés de pubs et de promotions rivalisant d’inutilité. Les commerces multiplient les heures d’ouverture pour attirer des milliers de personnes venir offrir leur temps et leur argent sur l’autel de la consommation. Tout brille, tout chante et même les vieux schnocks barbus habillés en rouge prolifèrent dans l’espace publique comme la mauvaise herbe dans le champ. Le Malin, qu’essaie-t-il de voiler ainsi à notre regard. Quelle chose essentielle veut-il couvrir par cette supercherie effervescente ? Il est difficile de croire que tout cela est mis en œuvre juste pour nous faire oublier un petit enfant dans une mangeoire …

Et pourtant c’est bien cela la vérité. Car cet enfant dans la crèche chaque année nous rappelle l’amour de Dieu et nous apprend à l’aimer.

Avez vous déjà essayé de rendre visite à un bébé avec plein de beaux cadeaux ? A la limite, cela peut plaire aux parents. Mais un bébé n’est attiré que par votre présence, votre tendresse, votre amour. Il est pur. Il se moque des cadeaux. Il ne fait pas attention à vos diplômes ni à votre statut social. Il veut qu’on se penche sur lui, qu’on lui prête attention et qu’on le prenne dans les bras. Il a juste besoin d’amour. Cela est si déconcertant, si désarmant. Aussi le divin Enfant sur la paille est comme une vraie claque à notre monde où l’orgueil, l’individualisme et l’hédonisme règnent en maître. Il est donc compréhensible qu’on veille tellement le cacher, le bannir de l’espace publique de peur que sa pureté n’ouvre nos yeux à quelque chose de plus grand et plus profond. Que risquons-nous de découvrir en contemplant l’Enfant Jésus sur la paille ?

Avez-vous déjà vu que dans certaines églises, pour voir les fresques ou pour contempler les voûtes, des miroirs sont posés à plat sur une table. En s’y penchant, on voit plus facilement ce qui est au-dessus de nos têtes ?

C’est la même chose dans la crèche. En nous penchant au dessus de l’Enfant Jésus, nous contemplons le Ciel. Nous comprenons alors que l’amour est le seul chemin pour y parvenir et la seule clé qui ouvre la porte du Paradis. Le Petit Enfant Jésus sur la paille est le parfait reflet de la Miséricorde de notre Dieu. Cela, le Malin ne peut pas le supporter.

Frère et sœurs, laissons aujourd’hui la vanité du monde dehors. Ne nous faisons pas berner par des illusions incapables de rendre heureux. Approchons nous de la crèche, penchons-nous au dessus du nouveau-né dans la mangeoire et comprenons combien il est grand l’amour de Dieu. C’est lui le plus beau cadeau offert à notre monde. Ne permettons à rien ni à personne de nous cacher la tendresse de Dieu.

Ce soir nous sommes venus fêter la naissance de Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur. C’est cela la vérité de Noël. Ne l’oublions jamais.

Amen.

Abbé Bogdan Velyanyk – Curé