Chers frères et sœurs,

Deux fois l’an, à l’Annonciation et à Noël, la liturgie de l’Eglise nous invite à ployer le genou en prononçant ces paroles lors du Credo : « Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait Homme ». Tout à l’heure le prologue de l’Evangile selon Saint Jean culminait également à cette unique phrase qui change le cours de l’histoire de l’humanité et de l’univers entier : « le Verbe s’est fait chair, Il a habité parmi nous ». Quel mystère se cache derrière ces quelques mots ?

Vous souvenez vous de la chanson de Dalida : « Paroles, paroles, paroles… ». Une manière de faire comprendre que les hommes les disent bien souvent, mais les concrétisent rarement.

Notre Dieu est tout autre. Sa Parole, la parfaite expression de son Etre, Dieu le Fils, le Verbe éternel, s’est incarné. Nul ne pourra plus douter de son amour. Nul ne pourra plus dire que Dieu ne connaît pas notre détresse. En prenant chair, Il est devenu l’un de nous, Lui qui est plus grand que nous. Dans sa propre chair, Il connaît chaque seconde de notre existence : la joie et la tristesse, l’angoisse et l’espérance, le courage et la trahison, l’abandon et la souffrance, la mort et la résurrection : tout, excepté le péché. L’Amour de notre Dieu est une Parole incarnée, Crucifiée et éternellement Vivante. « Le Verbe s’est fait chair » – cela veut dire que Dieu vit notre vie, pour que nous vivions de la sienne.

Vous souvenez-vous également de la sortie d’Israël d’Egypte ? Le livre de l’exode (ch.33) raconte  que dans le désert Moise avait dressait la tente de la rencontre à l’extérieur du camp. Tous ceux qui voulaient consulter Dieu s’y rendaient. Mais c’est uniquement avec Moise que Dieu parlait face-à-face. Et encore ! Moise ne pouvait pas voir son visage, car, disait Dieu, « Nul homme ne peut voir mon visage et vivre ».

« Le Verbe s’est fait chair » – cela veut dire que la Nuit de Noël, Dieu lui même a voulu établir sa tente sur la terre. Le texte grec de l’Evangile rend cette affirmation encore plus forte en disant : « La Parole devint chair et Elle dressa sa tente parmi nous » ! Non plus à l’extérieur, mais dans le cœur même de notre humanité blessée. Le visage de l’Eternel, celui que Moïse aurait tant voulu contempler, s’est manifesté à nous dans le Visage Miséricordieux du Christ-Sauveur. Le voir ne suscitera plus jamais la crainte de la mort, mais l’espérance de la vraie Vie.

On m’a raconté aussi l’histoire d’un vieux prêtre qui aimait bien aller porter la Communion, le Corps du Seigneur, aux malades. Comme plusieurs fois déjà il était tombé en chemin et s’était fait mal, le curé ne voulait plus qu’il le fasse. Les jeunes vicaires pouvaient s’en charger. Mais le vieux prêtre persistait en cachette. Parfois il prenait discrètement les hosties consacrées lors de la Messe du dimanche, les mettait dans une custode et les cachait près de son cœur. Mais entre la Messe et la visite des malades, il y avait le repas avec les autres prêtres. Les jeunes prêtres connaissaient le secret de leur vieux confrère. Ils savaient que parfois celui-ci venait à table avec le Seigneur caché près du cœur, sous la soutane. Du coup, ce jour-là, ils faisaient très attention quant aux sujets de conversation et quant à leur manière de se comporter les uns avec les autres : le Seigneur était à table ! Ils déjeunaient en présence du « Patron » !

« Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » – c’est aussi un appel à la conversion. Désormais Dieu habite notre monde : dans les tabernacles des églises, dans le cœur d’un frère ou d’une sœur, dans la misère d’un pauvre, dans la souffrance d’un malade. A chaque instant nous sommes en présence du Christ, notre Seigneur.

Frères et sœurs, il n’y a rien de plus grandiose qui soit arrivé sur la terre que cet acte de folie d’amour divin lorsque le Verbe s’est fait chair, lorsqu’Il a voulu habité parmi nous. Puissions-nous recevoir de Lui grâce après grâce, afin de comprendre et de témoigner qu’Il est la vrai Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde.

Amen.

Abbé Bogdan Velyanyk – Curé