Chers frères et sœurs,

Voici un passage de l’évangile que j’affectionne tout particulièrement. « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ».

J’avoue que d’entendre cela de la bouche du Seigneur est libérateur. Procéder ainsi lors d’une embrouille est une chose sensée, évidente, normale.

Certes, ce n’est pas toujours facile.  Mais c’est une conduite saine, une conduite chrétienne. Et comme d’habitude, elle est à contre courant du monde.

Car dans le monde il y a d’abord les « cinéastes ». Ce sont les personnes qui suite à une situation se font leur « cinéma ».

• « C’est la troisième fois que j’appelle mon mari au travail et je tombe sur sa messagerie. Il n’est jamais disponible pour moi, il n’y a que son travail qui compte. Je suis sûre qu’il est en train de flirter avec sa collègue. Il ne m’aime pas. Ce week-end je lui jette sa bague dans le visage. » Elle rentre à la maison. Son mari lui dit : « Chérie, mon portable s’est éteint dans la matinée. Et c’est toi qui a mon chargeur dans ton sac à main… ». Si bête, si simple…

• Ou bien dans la paroisse : « On ne m’a pas invitée à cette réunion. Ils ne me font pas confiance. Ils sous-estiment mon travail. Je vais tout arrêter ». Elle voit le curé. Il lui demande : « Alors, c’était comment ce week-end chez votre cousine ? » Bah oui, tu as dit que tu partirais peut-être voir ta cousine. Les gens ont compris que tu n’étais pas libre. Si bête, si simple. Toute cette inquiétude pour rien…

Il y a ensuite ceux qui sont en permanence en « embuscade » et « tirent à distance ».

•  « Mon collègue a eu l’air de s’en prendre à moi lors d’une réunion. C’est inadmissible. Je vais tout de suite écrire une lettre au président de l’entreprise et au directeur des ressources humaines. Je vais vider mon sac ! ». Le lendemain je découvre que la femme de mon collègue a un cancer et que hier il venait de l’apprendre. Il était en colère contre le monde entier. Il s’en veut énormément d’avoir été injuste envers moi. Il me demande pardon. Mais les lettres sont déjà parties…

•  Moi même je me souviens un jour après une Messe superbe avoir reçu le soir par mail un « boulet de canon » qui m’a fait beaucoup de peine. Un détail n’a pas plu, la personne n’avait retenu que ça… Et au lieu de m’en parler directement, résoudre le malentendu, elle était en embuscade derrière son clavier d’ordinateur. Tant de peine pour rien…

Il y a ensuite les « éternelles victimes » : quoi qu’il se passe autour d’eux, c’est toujours contre eux ! Là, inutile de citer des exemples. Nous en avons tous en tête…

Frères et sœurs, ce manque de courage et de bon sens (oui, de bon sens !), – d’aller voir directement et immédiatement la personne avec qui on a un souci, – est un mal pervers qui ronge nos familles, notre société, et même l’Eglise. La vie serait tellement plus simple si nous disions vraiment ce que nous pensons et si nous pouvions nous expliquer ouvertement avec les gens qui nous ont fait du tort.

« Oui, d’accord, mais si cette personne refuse de nous écouter, on fait quoi ? »

Et bien, le Christ est assez clair : « S’il refuse d’écouter, prends deux ou trois témoins, puis dit le à l’Eglise. Et si même là il ne t’écoute pas, considère le comme un païen et un publicain. C’est à dire : entretiens le rapport qui est inévitable, mais pour le reste évite-le.

« Mais c’est contraire au commandement de l’amour du prochain ! »

Pas du tout ! Car l’Amour sans la Vérité est une hypocrisie. Pire : c’est un chemin de perdition et de mensonge. Si tu aimes vraiment ton frère, donne-lui la chance de se convertir. Parle-lui d’abord, puis s’il n’écoute pas, évite-le. Peut-être ta conduite sera pour lui une dernière chance de reconsidérer sa propre attitude.

Le psaume 84, v. 11 dit : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ». C’est cela le commandement de Dieu : « Aime ton frère, aime le en vérité. Dis lui la vérité, entends la vérité de sa bouche. Et tu pourras l’aimer encore plus ».

Prions donc que le Seigneur nous donne le courage d’Amour de Vérité. Et si quelqu’un pense qu’il lui reste encore quelque chose à dire ou à faire vis-à-vis de son frères, je dirai qu’aujourd’hui-même est un bon jour pour cela !

Amen.

Abbé Bogdan Velyanyk – CuréÂ